
Voici un poème quej'ai écrit en 1991 sur le divorce de mes parents, survenu en 1979.
Maman,
Comme j'aurais aimé ne jamais te quitter
Et ne laisser personne à ton coeur m'arracher.
Mais contre le destin je n'ai su trouver d'armes.
Comme j'aurais voulu que s'écoulent tes larmes!
Avec amour maman je les aurais séchées
D'un de ces petites doigts que les tiens ont sculptés.
Que n'ai-je été plus forte! Mais je ne le fus point,
Et ne pus vers le ciel que tendre mes deux poings.
Libellés : Famille, Poésies

CRAINTE
Je ne veux pas que ma petite,
On me la change en hirondelle.
L'hirondelle vole en plein ciel,
Sans jamais descendre à mon seuil .
Elle fait son nid sous l'auvent,
Et ma main ne peut la toucher.
Je ne veux pas que ma petite,
On me la change en hirondelle.
Je ne veux pas que ma petite,
On aille en faire une princesse
Avec ses petits souliers d'or
Comment jouer sur la prairie?
Et lorsqu' arriverait la nuit,
Comment coucher auprès de moi?
Je ne veux pas que ma petite,
On aille en faire une princesse.
Et je veux encor moins qu'un jour
On aille m'en faire une reine.
On me la mettrait sur un trône
Où mes pieds ne monteraient pas.
Et lorsqu' arriverait la nuit
Je ne pourrais pas la bercer.
Je ne veux pas que ma petite
On aille m'en faire une reine.
Libellés : Poésies

Dans ma maison vous viendrez
D'ailleurs ce n'est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n'y avait personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis resté longtemps dans cette maison
Personne n'est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Je vous ai attendue
(...)
Dans ma maison tu viendras
Je pense à autre chose mais je ne pense qu'à ça
Et quand tu seras entrée dans ma maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherai près de toi
Voilà
Dans ma maison qui n'est pas ma maison tu viendras.
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Je me suis senti vieux peu après ma naissance;
Les autres se battaient, désiraient, soupiraient;
Je ne sentais en moi qu'un informe regret.
Je n'ai jamais rien eu qui ressemble à l'enfance.
Au fond de certains bois, sur un tapis de mousse,
Des troncs d'arbres écoeurants survivent à leurs feuilles;
Autour d'eux se développe une atmosphère de deuil;
Leur peau est sale et noire, des champignons y poussent.
Je n'ai jamais servi à rien ni à quiconque;
C'est dommage.On vit mal quand on vit pour soi-même.
Le moindre mouvement constitue un problème,
On se sent malheureux et cependant quelconque.
On se meut vaguement, comme un animalcule;
On n'est presque plus rien,et pourtant qu'est-ce qu'on souffre!
On transporte avec soi une espèce de gouffre
Portatif et mesquin, vaguement ridicule.
On ne croit plus vraiment que la mort soit funeste;
Surtout pour le principe, de temps en temps on rit;
On essaie vainement d'accéder au mépris.
Puis on accepte tout et la mort fait le reste. |
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